"le bilan de la marche"par Evelyne

vendredi 1er juin 2007
par  RDEVolution
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La Marche des Vivants

Après une longue marche le long de la Méridienne Verte, nous sommes arrivés à Paris, symbole de la France, de notre culture qu’on révolutionne. Le premier acte est accompli.

En février, nous sommes partis de Bugarach, d’un spectacle en blanc et noir, de l’opposition des extrêmes et peu à peu se sont ajoutées les couleurs des marcheurs. On a croisé plein de gens d’une couleur, souvent terne, kaki, gris, noir, renfermés sur eux-mêmes, qui portaient leurs difficultés comme un fardeau. Lorsqu’ils ont commencé à marcher, à participer au spectacle du vivant, ils ont choisi le jaune, le rouge, le violet et ils se sont ouverts au pouvoir de la couleur, ils ont peu à peu allégé leurs esprits de leurs souffrances, ils ont guéri dans la clarté. Comment expliquer cette force de l’arc-en-ciel, si on n’a pas expérimenté cette mise en harmonie immédiate de toutes les couleurs, nuançables à l’infini, lorsqu’on forme le cercle en se donnant la main, ces vibrations de ce que l’on ressent lorsqu’on chante tous ensemble et chacun dans un ton différent. Quel réconfort que celui d’un câlin arc-en-ciel lorsque l’une des couleurs s’attriste. Toutes les couleurs enveloppent la peine et chantent sans parole leur consolation.

La famille arc-en-ciel s’est agrandie peu à peu. Nous rêvions d’arriver par milliers à Paris, mais certains sont partis, d’autres ont suivi en pointillé, et les obstacles rencontrés ont surtout permis au groupe de consolider le lien initial. Notre vrai but, c’était peut-être de se trouver, de constituer sa famille arc-en-ciel. Nous avons progressé en nous-mêmes bien plus qu’en nombre. Certains sont arrivés pleins de haine et de révolte, certains croyaient tout savoir, mais les pères sont devenus les enfants, ils ont repris espoir et confiance, et les plus savants ont compris qu’ils devaient encore beaucoup apprendre, avec humilité. Certains vivaient dans une course effrénée, ils ont compris qu’en marchant, on devenait vivant, en s’accordant de l’espace et du temps.

Nous avons aussi dû maîtriser notre parole, pour ressentir la parole vraie. Lorsqu’on entend quelque chose qui nous dérange, aujourd’hui notre cerveau l’adapte et le transforme, l’explique et le rend tolérable. Ceux qui sont venus nous rejoindre et qui n’étaient pas en phase avec cela ne sont pas restés. Le microbe ne prend pas sur un terrain sain.

Se taire, c’est puissant. Lorsque nous avons connu des conflits, nous nous sommes assis en cercle et nous avons pris la parole à tour de rôle pour que chacun puisse donner son avis. Pour les conflits les plus importants, nous avons dû faire parfois trois tours de cercle, avant de trouver une solution, un compromis. Si seulement les grands de ce monde avaient la sagesse de prendre aussi largement en compte les avis divergents sur les questions les plus graves et les plus complexes...

Nous avons appris à observer, à écouter, à se connaître et à dépasser nos limites lorsque nous devions monter et démonter notre yourte dans le froid, sous la pluie et la neige. C’est un très beau voyage que nous avons initié avec cette marche. Elle nous a amenés à ce que nous sommes aujourd’hui, à un grand épanouissement intérieur. Notre cœur a fleuri. Nous avons construit de l’humain, nous avons commencé à baliser les consciences, avec les mêmes gestes. Il faut qu’on puisse donner nos outils pour faire encore grandir la famille arc-en-ciel. On est nombreux dans cette famille, même si on n’a pas encore eu l’occasion de se rencontrer.

Des gens qui habitent sous des tentes sont venus nous voir hier sous la yourte. Ils nous ont parlé d’eux, certains sortaient de prison, ils étaient troublés d’être reçus dans notre yourte bien propre, de rencontrer des gens ouverts. Ce que nous sommes est dans nos yeux. Nous les avons regardé droit dans les yeux, mais les leurs avaient perdu toute transparence, leur regard était éteint, sans âme, sans flamme. Pourtant ils étaient vivants, pleins d’entrain, ils jouaient de la musique mais ils ont posé leurs règles qui n’étaient pas les nôtres, et c’est pour cela que tout a été bouleversé dans la yourte après leur passage, qu’elle était dans ce triste état ce matin.

Pika nous a lu un poème qu’il avait écrit pendant la marche :

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour devenir enfants
Nous sommes scotchés à des envies d’être grands
Se cacher les yeux comme un malentendant
De tes poches esclaves sortir l’argent
Avec cette voix suave joué au serpent
Dans ce corps étriqué dont tu n’es pas conscient
Naître qu’un pauvre objet qui ne prends pas son temps
D’une idée, jaillit des millions de couleurs
D’une pensée, te retrouver dans la peau d’une fleur
D’un souhait, aimé du plus profond de ton cœur
D’un vœu, contempler tes frères et tes sœurs
D’une prière, envolée toute la misère de la terre
D’une intention, arrêté le début d’une guerre
D’une incantation, purifiées toutes les mers
Nous parlons aux oiseaux, les abeilles nous font du miel
Nous embrassons les forêts, du feu les flammes font les Belles
Nous buvons avec la pluie, le soleil donne ses arcs-en-ciel
Nous jouons à l’humanité, les êtres deviennent ascensionnels
Nous baignons dans la lumière, la vie est spirituelle.

Nous avons enfin ouvert le petit trésor donné par une femme croisée un instant dans un village, au cours de la marche : on y a trouvé un petit éléphant porte-bonheur, et cinq étoiles dorées, accompagnés d’un petit mot : « Vous devez être arrivés à Paris. Osez vos rêves. Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré, cours-y vite il va filer. »

Maintenant nous voulons aller encore plus loin dans le spectacle. Jamais nous n’aurions pu penser arriver à une telle troupe au départ, arriver à la chose la plus forte qui va changer le monde, l’imagination. Nous sommes les guerriers arc-en-ciel, mais ne rentrons pas en guerre trop vite, nous n’avons pas encore d’ennemi sauf nous-mêmes. Restons souples, fluides, nous serons prêts à répondre aux appels quand on aura besoin de nous.


vous pouvez voir un reportage sur la rencontre avec cette personne